23h18 Préliminaire, prélude, préface, préfabriqué, préenrigistré

Publié le par nobody's listening

Alors une fois de plus on va aller faire semblant hein... On va s'allonger, on va fermer les yeux et on va attendre. Et le sommeil ne viendra pas. Lui par contre si.

Comment on va l'appeler dis ? Faut bien lui trouver un nom. Et c'est ton boulot de donner des noms aux choses. A toutes les choses que cette saloperie de Terre peut porter. Pourquoi tu lui donnes pas de nom à lui ? Ca fait si peur que ça qu'il faut rien dire à haute voix ?

 

Elle s'arrête où la douleur ? Il s'arrête où le silence ? Et le vide est-ce qu'à un moment il arrête enfin de s'aggrandir ? J'ai mal à la tête et je ne sais plus quoi en faire.

Il était là dans la pièce. Je l'ai entendu respirer, bouger. Je l'ai entendu bouger les objets et l'air. Et puis la peau s'y est mise, les draps bougeaient j'ai bien senti le mouvement et puis le froid qui rentrait en grands vents.

 

Mais un nom idiote ! Un nom ! On peut pas parler des choses sans nom. On peut pas les dire on peut rien faire; Et le temps défile les nuits s'enchaînent et tu coules. On peut pas arrêter le silence, le vide. Parce que les gens finissent toujours par aller se coucher, les gens finissent toujours par s'endormir. Quoiqu'ils en disent.

 

Quoiqu'ils en disent

à la fin il ne reste toujours que lui.

Il ne reste que lui le jour, il ne reste que lui la nuit.

Il ne reste plus rien qui puisse tenir debout et on ne peut pas s'accrocher à des bouées sans espoir que quelqu'un les ramène à terre.

On ne peut pas tenir éternellement au milieu de l'océan à nager de toute ses forces vers un rivage qu'on ne connaît plus.

Aujourd'hui pauvre folle elle est où ta tête ?

Et ton nom à toi, t'en as fait quoi ?

 

Pourquoi je dois donner un nom aux choses alors que c'est à peine si je me souviens comment écrire le mien ? En quelles lettres faut-il l'inscrire pour qu'il veuille dire quelque chose ? N'importe quoi, mais quelque chose. Pas ce non sens immense qui bloque la respiration.

Je suis pas folle, peut-être amnésique sur les bords ceci dit....

 

Alors c'est foutu ? On va encore pleurer ?

Non désolé. On peut même plus.

Faut attendre jusqu'à la prochaine implosion.

Jusqu'au prochain mur qu'on se prendra en pleine tête

Parce qu'on aura pas pu le franchir

parce qu'on aura pas eu la force

parce qu'on aura pas essayé

parce qu'on veut plus essayer.

Ca marche pas malgré les efforts.

Malgré les efforts il reste plus que la douleur.

Il reste que ça pour respirer. C'est cher de nos jours la goulée d'air.

Il reste que ça pour savoir qu'on est encore en vie.

 

Mais c'est quoi pour de vrai, être vivant ?

 

Il reste quoi des nuits entières à chercher des sorties que personne ne sait situer ? Il reste quoi de la faïence repeinte ? Il reste quoi des bris de verre ? Il reste quoi des cris ? Il reste quoi de la peau arrachée tailladée salie redessinée repensée ?

 

En vrai elle voudrait s'oublier et ne plus savoir. C'est un puit sans fond. Elle ne peut pas lui donner de nom parce qu'elle ne veut pas se souvenir du sien. Elle a donné des noms à tous les autres, tous ces autres là. Elle leur a donné des noms des vies des souvenirs. Au final il lui reste plus grand chose que ce que personne voulait. Alors sans doute qu'elle croit pouvoir se permettre de lâcher l'affaire.

De nous lâcher ?

Mais lui il va rester jusqu'à son nom, jusqu'à ce qu'on reconnaisse son existence.

 

La case départ se rapproche.

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