Apologies à demi-endormies

Publié le par nobody's listening

Du brouillard tout autour. Du brouillard dans la tête. 

Les heures défilent comme ça les arrange au compteur. La nausée et la tête qui tourne. Se dire encore une nuit. Encore un jour à passer. Jusqu'à ce soir. Jusqu'à la prochaine nuit. 

 

Comment leur dire qu'il n'y a rien d'autre que la fatigue ? Mais à un stade tel qu'elle a déjà tout envahi. Jusqu'aux réflexes les plus primitifs, jusqu'à la conscience, jusqu'à la perception. Elle passe dans le sang et à chaque tour elle pourrit un peu plus le moindre organe qu'elle traverse. Fatigue qu'on emporte et qu'on reporte, qui nous emporte et sur laquelle tous les jours il faut l'emporter. 

 

Comment leur dire que je me fous de leurs conseils de leurs idées de ce qu'ils ont lu sur le sujet ? Comment les idées de ces gens pour trouver le sommeil pourrait avoir la moindre valeur alors qu'ils n'ont jamais au grand jamais à se poser la question de savoir comment faire pour dormir ? Comment aucune de ces solutions pourrait fonctionner quand ils n'ont jamais connu la peur de rejoindre son lit ? Comment leur dire que c'est trop facile de me jeter ça à la face avant de rejoindre Morphée pour jouer des heures durant ? 

 

Et je bug en plein milieu de la cuisine. La tasse brûlante dans une main et les clés dans l'autre. 

Pourquoi on dit toujours les clés, même quand il n'y en a qu'une seule au trousseau ? 

Et je reste plantée là. J'ai froid et l'odeur de peinture est encore trop forte. Ma tête tourne, je sent l'acide qui fait des bulles et par vagues me reviennent les méandres de cette nuit. De toutes les autres qui se répondent en échos, en spirale interminables. Toutes plus heureuses les unes que les autres de n'être qu'un miroir défformant de celles qui sont passées avant. 

Je ne veux pas bouger. Je n'essaie même pas. Je m'offre cette seconde, cet entre-temps avant qu'on arrive, avant que qui que ce soit n'arrive et me traîne de force dans la tempête. Tempête où nul n'a le droit à l'erreur. Où le bouton stop n'existe pas. Alors ce moment perdu entre nul part et nul temps je le garde et l'enferme pour moi.

 

Et quand la minuterie s'éteint, je me décide à retourner dans le courant. 

Je n'ai même pas peur car il y a trop longtemps que ce système-là a rendu l'âme pour en prendre compte. Je sais déjà comment il va falloir faire. Tirer mes nerfs encore un peu, encore un effort, s'il te plaît encore un dernier effort jusqu'à la nuit et après après on pourra espérer revenir à un degré normal.

 

J'aimerais juste pouvoir m'offrir la définition du "après".

 

Et je vous regarde dormir, je vous entends respirer. A votre réveil je pourrais presque raconter vos rêves mieux que vous tant j'aurais pu les imaginer moi-même. A vuos tous qui avez partagé mes nuits, je connais le moindre de vos soupirs, jusqu'à votre façon de bouger. Je connais vos combats intérieurs et vos réveils en demi-teinte.

 

Je me sens seule et laissée pour compte à chaque fois. Nulle accusation dans ces mots.

Car c'est un fait, l'une des seules vérités qu'on ne puisse pas remettre en cause c'est que les gens finissent toujours par s'endormir.

 

Alors ne me jettez pas la pierre quand lorsque vous me demandez si je vais bien ma seule réponse est oui. Pour être honnête, il me faudrait à chaque fois vous répondre que je suis fatiguée. Mais j'en ai presque fini par trouver cela aussi naturelle que d'avoir des cheveux. Alors à quoi bon le préciser ?

D'autant que vos réactions à cette assertion se limitent à un conseil ridicule, un regard se voulant compatissant ou un soupir entendu. Je ne supporte plus aucune de ces options. 

 

Alors ne m'en veuillez pas de vouloir vous laisser sur le quai, il n'y a rien de personne à ça. On ne pourra sans doute jamais se comprendre sur ce point. 

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