Claustrophobic memories

Publié le par nobody's listening

Je me lève et je prends des pilules pour dormir je prends le métro dans la meute je rêve de partir....

 

De loin apercevoir la bouche grande ouverte, dents sorties et prête à avaler son flot d'utilisateurs. Devant, il y a les distributeurs de tracs ou de gratuits. Tu ne sais pas s'ils sont là pour te retenir, te ralentir avant de plonger dans l'enfer souterrain, ou s'ils sont là pour te faire savoir que ça sera dur. 

 

Les marches sont glissantes. Il a plu. Tu hésites à sortir les mains de tes poches pour t'accrocher à la rampe. Mais tu as trop peur qu'elles ne te retiennent plus que te soutenir. Tu prends le risque de tomber. Le risque de glisser et de te briser. Tu espères juste que la chute sera minime et que tu ne dévaleras pas jusqu'en bas des escaliers. Quite à mourir ne pas mourir là dedans.

 

Tu arrives au premier palier. Il faut valider. Ca pousse ça court c'est pressé. La lumière du jour est déjà derrière. L'air qui va avec aussi. Les jambes commencent déjà à signaler une éventuelle défaillance. Il va falloir faire avec. Comme à chaque fois tu hésites. Il y a les escaliers d'un côté et l'escalator de l'autre. D'un côté tu maitrises ta plongée, de l'autre tu élimines le risque de te briser les os. Il faut choisir vite parce que derrière ça n'attend pas. 

 

Tu prends l'escalator. Tu ne maitrises rien et tu vois défiler le sol. L'escalator est lent, affreusement lent. Tu ne sais pas s'il faudrait qu'il aille plus vite afin de souffrir moins longtemps, ou si tu veux retenir encore de l'air extérieur. On n'a jamais assez d'air sur soi pour aller sous terre. Tu regardes les gens te doubler parce que ça ne va pas assez vite. Tu tentes de bouger tes jambes mais elles ne veulent pas fonctionner. Il n'y a pas de sol. 

 

Second palier. Tu vérifies encore et encore la direction à prendre. Surtout ne pas se tromper, cela doublerait ton trajet. Cette fois, tu te prépares à descendre les escaliers. Tu arrives sur la première marche et il te paraît si immense qu'un instant tu ne te rappelles plus comment faire pour respirer. Tu dois bouger. Tu forces une jambe après l'autre à prendre la marche qui vient. Elles tremblent de plus en plus, comme si elles ne pouvaient plus supporter ton poids auquel elles sont pourtant habituéses. 

 

L'escalier t'a déjà paru long, mais l'attente avant ta rame est encore pire. Tu lorgnes les écrans. Et on dirait que cela fait bien dix minutes qu'ils affichent "à l'approche". Tu as envie de crier que ces gens ne savent pas mesurer le temps comme il se doit. Tout ceci te semble affreusement mal calculé. Il ne peut pas y avoir assez d'air entre chaque passage. Il y a trop de gens qui attendent à tes côtés. La boule dans ta gorge grossit tant et tant... 

 

Quand les portes s'ouvrent, tu soupires. Passage d'un enfer à l'autre. Tu cherches une place assise. Te recroqueviller sur toi, fermer les yeux et n'écouter que le son de ta respiration. Si tu dois mourir du manque d'air, tu veux te souvenir de chaque soupir que tu as poussé avant le dernier. Les portes se ferment dans un claquement. A chaque courant d'air tu te demandes si ce n'est pas la dernière fois qu'elles s'ouvrent, si quand toi tu voudras sortir elles ne vont pas rester bloquées, te condamnant par la même à errer dans les souterrains. 

 

Tes mains tremblent, rendant impossible la lecture du journal récupéré là. Tu comptes tout ce qui passe à ta portée. Les blondes, les chaussures à lacets défaits, les sacs à dos, les mesures entre chaque couplet, tu penses à ce que tu vas manger ce midi, tu essaies de retrouver tout ce qu'on a pu te dire de gentil dernièrement, tu cherches à retenir tout ce qui peut l'être. Pourvu qu'il y est assez d'air jusqu'à la fin. 

 

Les portes s'ouvrent enfin sur ton terminus. Tu es un des premiers à sortir. Difficile de faire fonctionner tes jambes pour remonter l'escalier. C'est un gros arrêt et la foule est dense et compacte sur les marches. Les tremblements mettent longtemps à se ralentir. Tu crains encore de tomber, de retomber en arrière, de retourner dans cet endroit sans lumière et sans oxygène. Alors tu puises dans les réserves d'air faites au début, et tu fonces. Tu fends la foule, ignorant les plaintes de mécontement. Et tu as à peine mis le pied dehors que tu aspires à grandes goulées tout ce qu'il est possible d'extirper à l'atmosphère. 

 

Tu marches, aussi longtemps que tu peux. Tu cherches à perdre tout ce qui te colle à la peau d'obscurité souterraine. Courage. On remet ça ce soir. 

Publié dans Musicale approximative

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