Vous voyez quoi ? moitié moins que vous ?

Publié le par nobody's listening

Rorschach c'est mon ami.

 

Il avait dit qu'il allait m'aider. Alors moi je l'ai cru. Pourquoi je me serais méfié ? Rorschach, il avait pas de raison de me mentir. Ca lui servait à rien de me mentir. Il s'en moquait. Il avait pas besoin d'amis en plus. Alors s'il me perdait c'était pas grand chose. Donc il pouvait pas mentir. Il pouvait pas.

 

Je l'ai suivi. Partout où il a voulu.

 

Il a dit "tiens un journal", je l'ait fait. Pas longtemps mais je l'ai fait.

Il a dit "va voir quelqu'un d'autre". Et bon dans le fond ça changeait pas grand chose.

Il a dit "mais parle". Mais j'avais pas fini de compter les brins d'herbe dehors et je m'embrouillais.

Il a dit "y a 3 mois d'attente". Ils ont rappelé au bout de six et c'était trop tard.

Il a dit "là c'est urgent". Le temps avait disparu, je savais pas vraiment.

Il a dit "bouge". Y avait pas d'autre choix.

Il a dit "va avec les gens blancs". Les gens me faisaient peur, me terrorisaient.

Il a dit "ils sont comme toi". Sans vraiment le dire non plus.

Il a dit "ils sont gentils". Je les détestais encore plus.

 

Et puis il a dit qu'il fallait aller dans la pièce aux murs blancs.

 

La pièce aux murs blancs avaient que des murs blancs, un bureau et deux chaises, et une pendule sur le mur comme celle à la sécu. J'avais bien vu celle de la sécu parce que j'avais attendu longtemps. Comme tout le monde, comme tout le temps il paraît.

De l'autre côté du bureau il y avait un monsieur qui n'avait pas bien rasé sa barbe mais il avait quand mis beaucoup d'after shave quand même et ça piquait les yeux. Il a dit de m'assoir sur l'autre chaise. Qu'on allait faire un test. Le test de Rorscharch.

 

"Comme mon ami ?"

 

Et il a marqué quelque chose sur sa feuille mais je pouvais pas lire. Je crois qu'il le faisais exprès, d'écrire mal, pour pas que je sache. Pas que je sache quoi ? qu'elle a dit la voix. Mais justement je savais pas.

 

"Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Qu'est-ce que vous voyez dans l'image ?"

 

C'était tout. Je savais qu'il y avait un piège quelque part. J'ai cherché mais j'ai pas vu. Et Rorschach voulait pas me le dire. Les murs étaient blancs, comme la porte comme la fenêtre alors je savais pas où était la sortie. Les murs étaient blancs comme la pendule et pourtant je voyais chaque tic tac s'écraser contre ma tête. J'avais peur beaucoup trop peur.

 

Et lui il disait rien. Rorschach non plus. Alors il fallait le tuer le silence. Il fallait couvrir le silence. Alors j'ai raconté. Tout n'importe quoi je sais plus mais j'ai raconté. On m'a dit qu'il fallait répondre sérieusement mais je pouvais pas. Les murs étaient trop blancs le silence trop fort le tic tac trop partout. J'ai raconté j'ai raconté. Comme la chauve-souris elle avait été dépecée, comment la grenouille elle avait été écrasée. Et je l'ai vue la fête avec l'araigné qui dansait et la pieuvre qui faisait les cocktails et même que c'est super pratique d'être une pieuvre pour faire des cocktails même la paramécie géante et rose elle était d'accord et pourquoi y a encore des images et pourquoi je dois encore parler et pourquoi je peux pas rentrer chez moi je veux rentrer chez moi je veux sortir je veux partir laissez moi partir.

 

Je voulais tellement pleurer mais à part la pendule personne ne disait rien.

 

Et puis il a dit "merci, au revoir, je vous contacterai pour un rendez-vous via l'hôpital." Et je suis parti sans me retourner.

 

Rorschach c'est plus mon ami. Il a dit que j'étais malade et que personne savait quoi mais que déjà on savait c'était pour toujours. Alors je l'ai jeté sous un train et quand on me demande je dis qu'il s'est trompé de quai.

Publié dans Chronique du vide

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