"Vaut mieux que je fasse L ou ES ? _Allez en S U_U"

Publié le par nobody's listening

At the fac, le prof qui a joyeusement annulé son cours, bien entendu on est mis au courant au dernier moment. Donc les seuls cours que j'avais à bosser sont restés chez moi et je me retrouve avec trois heures à tuer. Evidemmment j'ai choisi un ordi où OpenOffice refuse de s'ouvrir, je me retrouve à écrire sur le bloc note, c'est top. Très.
Du coup ça m'a laissé du temps pour penser à quelques trucs.... inutiles mais bon, j'ai rien de mieux à faire.

Ces derniers temps beaucoup de choses se croisent (enfin se recroisent, elles empruntent souvent les mêmes carrefours) : assister à une (énième) conversation où des scientifiques essaient d'expliquer à des littéraires que ces derniers ne servent à rien et vice versa, m'entendre dire plusieurs (énièmes) fois que je ne fais pas d'étude mais du loisir grandeur nature, répondre en riant à un ami que dans ces murs la question de l'argent est tabou, "triviale" même....

Depuis le lycée, j'assiste à cette guéguerre stupide entre scientifiques et littéraires. Même que moi je faisais partie des économistes alors on était un peu out of date va savoir pourquoi (dans les événements interclasse on faisait juste plus de bruits que les L pour une simple question de nombre, les L étant en voie d'extinction). En début de semaine, mes amis skypiens se sont de fil en aiguille lancés dans un débat pour savoir qui devait porter le poids de la détérioration du monde entre les littéraires, les économistes, les scientifiques. Dans le coin suisse nous avons une jeune étudiante en informatique (elle m'excusera de résumer ainsi, mais mes capacités ont du mal à comprendre plus avant), dans le coin marseillais, un (tout aussi jeune) lycéen en terminal ES, dans le coin parisien, un ex bachelier L en balotage post bac tant apprécié demoultes bacheliers, et enfin dans le coin rennais, moi même, partisane du clan des rats parce qu'à la fin il ne restera qu'eux alors autant être dans le camp des gagants dès maintenant. (en plus les rats c'est mignon)
En réalité, présenter les intervenants n'apportent pas grand chose à part situer un contexte. Parce que les arguments utilisés n'ont absolument rien de neuf. Je crois même que monsieur Cromagnon aurait pu parler il aurait dit grosso modo la même chose (à quelques anachronismes près).

Voici donc une liste non exhaustive :
_les économistes ont ruiné l'économie mondiale via les tradeurs
_les littéraires n'ont fait qu'inventer de beaux discours pour endormir les masses via la politique
_les scientifiques ont créé les armes
_les rats vont gagner parce qu'ils mangent aussi bien les cadavres d'économistes que de scientifiques ou de littéraires

Enfin grosso merdo. Rien de bien nouveau sous le soleil. (même si aujourd'hui y a des nuages partout) Le fait est que chercher à rejeter la faute sur un seul camp est parfaitement stupide et vain. Parce que la faute elle se résume comme ça : les économistes ont inventé des systèmes avilissant l'homme (d'une façon ou d'une autre), les scientifiques ont donné les moyens de les appliquer (plus ou moins violents), les littéraires ont donné les mots pour faire croire à tout le monde que c'était LA solution (de façon plus oui moins grosse). Et vous pouver retourner l'équation dans tous les sens, mettre le point de départ où vous voulez selon vos convictions, ça ne change en rien les liens tissés entre toutes ses disciplines qui batissent nos sociétés. (vous aurez bien entendu compris que quand je dis scientifique, littéraire, économiste je parle au sens large, les catégories de sous-disciplines étant extrêmement nombreuses il m'est difficile de toutes les citer / connaître, une généralisation me paraissait nécessaire pour n'oublier personne) Parce qu'au final : les scientifiques ont créé les crayons qui permettent aux littéraires et économistes d'écrire et rendre leur travaux. Les littéraires ont créé et agencés les mots qui permettent aux scientifiques et économistes de communiquer entre eux et à l'occasion avec le reste du monde (surtout avec le reste du monde d'ailleurs en fait). Les économistes ont créé les systèmes donnant une valeur aux connaissances des scientifiques et des littéraires. (ceci est grossièrement résumé)
Alors de mon côté, rien n'a changé depuis le lycée, je ne comprends toujours pas ces guerres entre "clans".... A part celui des rats bien entendu parce que les rats c'est mignon et très malin.

De façon plutôt surprenante / étonnante, les scientifiques sont considérés comme une espèce d'élite (en France en tout cas). J'avoue ne jamais avoir compris pourquoi. On nous a toujours bassiné au lycée que si possible valait mieux faire S parce que ça te gardait le plus de portes ouvertes pour la suite, et ce, y compris dans les filières littéraires. On se retrouvait face à des situations aussi inpensables qu'aberrantes ou un bachelier issu de filière scientifique avait parfois plus de chance d'être accepté en prépa lettres qu'un bachelier de filière littéraire. WTF ??? Parce que dans l'autre sens par contre ça ne marche pas. Logique me direz vous. Et vous aurez raison. Mais je vois pas en quoi l'autre sens est considéré comme plus logique, ou en tout cas acceptable. Non vraiment je comprends pas. Je ne jette pas la pierre aux scientifiques (ils auraient tort de ne pas profiter de ce que leur statut leur offre ! On ferait tous pareil à leur place.)(enfin j'irai pas en prépa scientifique pour autant... enfin ça serait tellement lolesque qu'on pourrait en faire un nouveau concept de télé-réalité.), mais à une façon de penser absolument stupide.... En quoi quelqu'un qui connaît le tableau périodique sur le bout des doigts vaut mieux qu'une personne ayant lu et compris tout Lacan ? Puisque Lacan > tableau périodique paraît à une majorité impensable, en quoi Lacan < tableau périodique serait-il plus vrai. Je n'arrive pas à comprendre ce raisonemment (pas plus que je comprends le tableau périodique ou Lacan d'ailleurs.)(quoique Lacan expliqué par un prof de musique ça devient carrément accessible)(Rennes 2 pense son enseignement de façon étrange mais parfois plus efficace que ça n'en a l'air).

Et donc au final, quand vous dites que vous étudiez les vertus cancérigènes des radiations des téléphones portables, vous avez l'air beaucoup plus crédible que quand vous dites que vous étudiez la dernière pièce de Castellucci ou La recherche du temps perdu de Proust. Pourtant, les trois relèvent de l'exploit. (si si)
Régulièrement, je m'entends dire lorsque j'explique les études que je fais, que j'ai de la chance de pouvoir pratiquer mon loisir à grande échelle comme ça, ou que la culture G c'est bien. J'ai envie de leur rire au nez à gorge déployée (et non pas dépecée saleté d'ordinateur !)(oui c'est l'ordinateur qui fait des lapsus, on devrait voir ce que Lacan a à dire de l'inconscient des ordinateurs)(ou de l'inconscien(ce) de ceux qui en utilisent, à voir). Parce que dire à quelqu'un qui étudie les lettres (classiques ou modernes), l'art plastique, la musique, le théâtre et que sais-je encore que ce n'est que du loisir, c'est se tromper de combat, se tromper de mot. (mais quand on fait ces études les mots sont un combat d'une certaine façon, on finit par faire l'analogie inconsciemment)(et que Lacan aille se faire foutre)
Comment dire... je suis passionnée par les modifications corporelles, et dans mes loisirs il y a chercher des infos sur les différentes pratiques existantes, visiter des galeries de tatoueurs, parler avec d'autres passionnés etc etc. C'est une passion, un loisir. Pourtant, il ne me viendrait jamais à l'esprit d'aller dire à mon tatoueur "vous avez de la chance de pouvoir vivre de votre loisir !". Déjà parce qu'à mon prochain tatouage il serait vraiment foutu de me tatouer n'importe quoi en me faisant bien mal et en sorte que ça s'infecte juste pour se venger (non mais sinon c'est un charmant monsieur !). Mais ensuite parce que c'est pas un loisir ! C'est une passion. Certes, on partage tous les deux cette passion, mais lui a carrément été beaucoup plus loin que moi ! Tatouer, c'est un art, ça s'apprend. Et c'est un art complet : dessin, gestion du corps humain mais aussi de la personne dedans (vous seriez surpris des réactions de certaines personnes se faisant tatouer !), législation, connaissance des normes d'hygiène, gestion d'un salon, d'une comptabilité, et parfois pouvoir former un apprenti tatoueur. Ca a toujours l'air d'un loisir ?
Si cet exemple là est un peu gros, on peut en prendre des tas d'autre : pour certains, les expériences chimiques c'est un passe temps, la dissection de souris pour voir comment ça fonctionne dedans c'est un passe temps. Mais y a une marge entre le gars qui mélange des liquides colorés pour que ça fasse de la fumée d'une autre couleur et celui qui veut savoir pourquoi et comment il va pouvoir utiliser cette réaction ailleurs. Il y a une marge entre le mec qui dissèque sa souris pour évacuer je ne sais quelle envie morbide et celui qui la dissèque pour comprendre le fonctionnement du règne animal et pouvoir avancer. Il y a une marge entre le passionné de jeux vidéos qui y jouent non stop et le mec qui les conçoit.
Alors pourquoi quand vous êtes dans une école de lettres et / ou d'art on vous balance direct que c'est pas sérieux ? Il FAUT des gens pour penser la langue, pour la comprendre et en apprendre les évolutions. Ca fait parti d'une histoire. Cette histoire passe aussi bien par les livres ou les peintures, ou les évolution du moteur à combustion. Le monde dans lequel nous vivons est constitué de TOUTES ces choses. Et nous baignons dans chacune d'elle. Même si je ne comprends pas comment fonctionne le moteur de mon bus ou pourquoi le tunnel du métro ne s'écroule pas, ça ne m'empêche pas d'apprécier qu'ils puissent m'emmener d'un point A à un point B sans que j'ai à me fatiguer (bon d'accord le métro avec modération). Le fait est que selon la sensibilité de chacun, nous allons nous tourner vers une forme ou une autre de connaissance. Une forme qui nous touche, que nous pouvons comprendre, maitriser, apprécier. Et c'est par ce filtre-là que nous appréhendons le monde qui nous entoure. Encore une fois, je ne comprends pas pourquoi je suis décrédibilisée face à quelqu'un qui étudie les matériaux qui feront les bâtiments à venir tout ça parce que j'ai décidé de me pencher sur la communication entre une scène et une salle. Il s'en passe des choses sur / derrière / autour une scène. Beaucoup de choses.

Alors non, je ne considère pas pratiquer un loisir à l'extrême. J'appréhende le monde. Point barre.
Après oui, ça ajoute en culture G. Mais tout est culture G dans le fond.
Et puis le point fort du théâtre je trouve par rapport aux livres (oui mes livres, mes sacro-saints livres ! mes livres en PAPIER !!! >.<), c'est que c'est un des arts qui réunit une bonne partie des trois disciplines qui s'opposent dans cet article : les littéraires, les économistes, les scientifiques. Auxquels on ajoute des vrais gens. Encore une fois, j'ai plus l'impression de toucher à tout en allant fouiller plus avant les entrailles du monde théâtreux qu'en allant en fac de mathématiques. Après c'est qu'une impression. Je ne prétends pas avoir raison. Mais je ne pense pas avoir complètement tort non plus.... (surtout qu'encore une fois moi en fac de math ça aurait été over lolesque.)

Je ne jette la pierre sur personne (je sais pas viser), je suis juste agacée depuis plusieurs mois (années ?) du discrédit que reçoivent ces domaines.
A bon entendeur.

PS : je suis d'avis de partager le pot de nutella de la paix avec mes amis scientifiques U_U Je pense qu'on sera tous d'accord sur les vertus apaisantes de cette délicieuse pâte à tartiner.

 

Sur ce je vous dis adieu. J'ai cours dans un amphi pas chauffé et plein de courants d'air (comment ils arrivent à faire ça ???)

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