Scénographie d'une sieste aromatisée

Publié le par nobody's listening

Il fait sa sieste à l'opéra. Après tout pourquoi pas. Les sièges sont confortables. La place ne coûte pas si cher que ça. On baigne dans une ambiance soignée des plus agréables. Il y a de la musique et du chant. Une histoire en toile de fond. Tout est réuni pour faire la meilleure sieste du monde. Il aurait tort de se priver.

 

Les gens ne comprennent pas. Mais les gens sont un peu cons aussi. Ils ne laissent pas faire. C'est pourtant simple. Vraiment très simple. Il suffit juste de se poser bien confortablement, de laisser flotter ses yeux, et les essui-glasses font le reste. Passer à gauche à droite. La conscience s'égare. Il s'en passe des choses. Des choses loin. Des choses incroyables. Des choses sans raison et des illogismes. Mais quand on paye pour faire sa sieste à l'opéra on est plus à une incohérence près.

 

Durant ses siestes il se souvient qu'entre deux pestes on casait parfois une guerre de cent ans. Une époque amusante. Il regrette de ne l'avoir vécu. Du coup à l'opéra, il peut se souvenir d'année où il n'existait. Il se ballade tranquillement. Il regarde comment on embaumait un lépreux qui venait de brûler Jeanne d'Arc. Mais ce genre de rêveries là n'occupent pas longtemps. Les brindilles ça brûle tellement vite.

 

De fil en aiguille il finit par se rappeler les bonbons à l'anis dans les stations service. Depuis combien de temps n'a-t-il pas pris sa voiture juste pour rouler aussi longtemps qu'il le pouvait au hasard des autoroutes sans intersection ? Il aimait bien le goût de ses bonbons-là. Il n'arrive pourtant pas à se souvenir d'où on les fait. Il y a des montagnes sur la boîte et c'est beau. Rien qu'à la photo ça sent le frais.

 

Il les voit ces montagnes. Elles sont tellement belles ! Les versants sont couverts d'arbres aux feuillages verdoyants. On se sent léger. Tellement léger. Il court à perdre haleine le long des chemins. Hors piste même ! Soyons fou ! Le monde n'a plus de limite ! L'odeur d'anis embaume le bois tout entier. La ville est oubliée et et et....

 

Et putain c'est qui ce con qui s'époumone ??

 

La sieste est finie. Soudainement réveillé il a un peu de mal à se souvenir d'où il est. Il surprend les regards inquisiteurs tout autour de lui. Ah oui... L'opéra. Il sent qu'on attend quelque chose de lui. L'attente se fait lourde. Il s'éclaircit la gorge et demande alors de sa voix la plus assurée :

 

"L'un de vous aurait-il un bonbon à l'anis comme dans les stations service ?"

Publié dans Entre deux.

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