Réminiscence

Publié le par nobody's listening

Nous avons voté.

 

A cinq voix contre trois nous ne sommes pas schizophrène.

 

Les débats durèrent de longues heures. Minutes incalculables le long des plaintes. Le silence ne parvenait pas à se faire entendre. Tous voulaient dire leurs mots. Pourquoi devrait-on les mettre de côté ? Pourquoi n'auraient-ils pas le droit de se faire entendre ? Le problème est qu'il n'y a qu'une seule langue pour qu'ils puissent s'exprimer.

 

A huit voix contre cinq nous avons encore beaucoup à dire.

 

Alors le discours s'est effrité, décomposé. Il a perdu de sa logique. Quelques uns ont arraché de longs filaments de raisonnement. Ne sachant qu'en faire certains se sont pendus avec. D'autres ont préféré les garder en souvenir. Planqués au fond de leurs poches les petits fils pourissent en silence.

 

A six voix contre quatre nous voulons en savoir plus.

 

Ils ont fini par sortir scalpels et autres clés à molette. Démonté tranquille la moindre idée. La plus minuscule des pensées était passée au crible. Quelque part devait bien se cacher la réponse. Quelque part il devait bien y avoir une solution. Un genre de problème technique. Le cerveau monté à l'envers il paraît. Mais dans ce cas c'est comme les boules à neige, il suffit de retourner et agiter. De la neige dorée plein les yeux on se sent mieux.

 

A treize voix contre sept nous n'aimons pas la neige en plastique.

 

Ils ont commencé à s'énerver de voir qu'il n'y avait absolument rien. Aucune trace aucune empreinte. Personne à accuser. Personne à blâmer. Alors ils étaient seuls. Seuls, coincés ici au milieu d'un univers en carton pate qu'ils n'avaient pas dessiné eux même. Enragés ils ont commencé à déchirer. Les coups se sont fait rageurs et s'imprimèrent plus profond. Ils ne perdirent pas en méthode pour autant. Ils prenaient grand soin de ne pas repasser deux fois au même endroit.

 

A onze voix contre deux il est important que la bestiole reste en vie.

 

Mais ça ne marchait pas plus. Le désespoir a pris le pas sur la colère. Alors ils ont commencé à s'entretuer. Et puisqu'il n'y aurait pas de solution, puisqu'il n'y aurait pas de sortie, ils allaient s'entredéchirer. Lutte infernale, les armes étaient mal réparties. Mais à chaque disparu trois autres faisaient leur apparition et la bataille reprenait de plus belle. La bestiole commença à montrer des signes de faiblesse. Et à l'extérieur on décida qu'il fallait faire quelque chose.

 

A trente voix contre une nous ne sommes pas d'accord.

 

Enfermés dans la boîte aux murs étranges il n'y avait plus personne pour entendre. Ils ont hurlé et hurlé encore. Il fallait trouvé la sortie. Ils ont jeté la bestiole contre les parois de la nouvelle cage tous les jours. On les a bien prévenus que la tête allait finir par éclater. Mais si la tête éclatait, enfin ils pourraient sortir. La logique se mettait en place insidieusement, ne laissant pas de place au doute.

 

A vingt-deux voix contre vingt-une nous ne pouvons rester ainsi.

 

Il leur parut soudain évident qu'ils ne pouvaient mourir ici. Ils n'auraient jamais la force de se hisser jusqu'au dehors et ils crèveraient entre les dalles du carrelage. Long silence le reste du temps. Alors ils réorganisèrent. Reconfigurèrent les alliances. Recommencèrent à zéro. Ils dressèrent la bestiole et instaurèrent entre eux un tour de parole. Jusqu'à ce qu'enfin on les laisse sortir.

 

A cinquante-cinq voix contre dix abstentions il nous faut garder le silence.

 

Une foix à l'extérieur, ils se serrèrent. La solution ne leur avait toujours pas été offerte. Ils hésitaient entre leur désir farouche de comprendre et leur angoisse de mettre des mots sur les non solutions. L'avenir paraissait incertain et il n'y avait rien qui justifie de continuer à avancer. Alors pour le moment, ils égrainent le compte à rebours jusqu'à la prochaine fois.

 

A cent pour cent des voix, nous ne leur faisons pas confiance.

 

Amis de la schizophrénie bonne nuit.

Publié dans Chronique du vide

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