Pandore ne pleure pas, elle hurle directement

Publié le par nobody's listening

 

 

 

Et ma voix à moi ? Elle est rendue où ?

Les mots disparaissent. Bien planqués dans la boîte. Pandore a bouffé la clé. Elle se vaccine contre l'anorexie tous les mois. On sait jamais. Enfermés les mots pourrissent, étrange odeur qui filtre dans les interstices. Il faudrait pas que ça se sache. Il faudrait pas. Combien de temps peut-on garder les cauchemars sous clé ?

Pandore ne sait pas. Je lui demande tous les jours, espérant qu'à un moment ou à un autre elle me réponde enfin. Elle fait semblant. L'air de rien elle regarde la boîte. Ses ongles cassés tapotent l'étrange mélodie sur le rebord du lavabo. Chanson de l'impatience, de la pression qui monte. Pandore sait. Pandore m'a dit que ça ne sortirait pas. Moi j'ai obéi.

J'ai planqué la boîte sous des tonnes d'illusions, de sourires plastiques et de paillettes fluorescentes. Et comme Pandore avait enfermé les mots j'en ai appris d'autres. Plein d'autres. Des qui font chaud au coeur, qui font plaisir à entendre.

Pandore m'avait pas dit qu'à moi ils m'écorcheraient la gueule. Mais c'est normal, Pandore ne dit plus grand chose. Je ne me souviens même plus de la dernière fois où elle a dit quelque chose. Comme la boîte commençait à se fissurer, Pandore s'est coupé la langue. Il y a eu beaucoup de sang. Et puis plus rien. Depuis Pandore laisse échapper quelques gémissements quand le coeur ne prend plus rien. Pandore ne regarde plus dans les miroirs. Alors quand ses yeux s'interrogent, je lui raconte. Je place des mots. Des jolis. Confiseries douces amères. Elle avale les railleries et ravale quelques larmes au passage. Dans le fond elle sait bien. On la lui fait pas à Pandore. Elle est pas complètement conne non plus.

De temps en temps, les gens me demandent des nouvelles de Pandore. Souvent, il me faut un moment pour comprendre de qui ils parlent. C'est jamais que Pandore. Et même moi des fois, Pandore je m'en fous. Mais c'est le prix des secrets. Ceux qu'on échange en silence quand ils sont tous partis se coucher. Accord tacite de défense mutuelle. Pandore a enfermé les mots et les garde jalousement. Alors moi j'en vomis d'autres pour le plaisir des petits et des grands. Quand on me demande, Pandore va toujours bien. Pandore dort. Pandore s'en fout. Pandore est heureuse et fait sa vie.

Je ne leur dis pas que quand je rentre elle est roulée en boule, bien serrée autour de la boîte de plus en plus défoncée au fil des jours. Les mots cognent les mots luttent. Pandore fatigue. Elle le sait.

Mais ni elle ni moi n'allons l'avouer. En silence nous tournons et retournons les mêmes incohérences. Jeux de mikados à coup de nitroglicérine. Pandore a froid la nuit. Je compte les heures sur le mur. Compte à rebours avant la fin. Défile plus vite que nous. Nous ne bougeons plus. Pandore tremble. Pandore a du mal à respirer.

Je souffle sur ses mains. Pandore ne meurs pas.... Je ne sais pas comment faire sans elle. Je peux pas garder la boîte. Et je ne sais pas non plus où est rendue cette foutue clé. Je voudrais brûler la boîte, que Pandore puisse s'allonger sans avoir peur. Mais Pandore ne la lâche pas. Elle s'y accroche. Parce qu'à Pandore il ne reste rien. Même pas moi. Et parce que de Pandore il ne restera rien. Même pas moi. Surtout pas moi.

 

Publié dans Chronique du vide

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