Le furet sans queue ni tête

Publié le par nobody's listening

Enfermé dans sa cage le furet court. Vas y plus vite encore plus vite ! Tourne en rond la bestiole. T'as franchement l'air con. Définitivement même.
Parfois le furet se prend les parois. Et vlan qu'on électrise ! coup de jus dans l'hémisphère. La bestiole se tord, la douleur qui rampe, perce le cerveau, le coeur manque de lâcher. Mais non furet n'est pas mort ! Pas encore...
Aussitôt il recommence à courir... Pas de limite. Il tente d'aller plus vite que son ombre. Parce qu'il sait bien qu'elle veut le piéger. Il sait qu'elle va l'étrangler. Ne jamais faire confiance à une ombre. Jamais au grand jamais ! Mieux vaut crever...
 
De l'autre côté de la paroi, les hommes en blouse blanche prennent notes sur notes. Grattent bout de papier. La jolie signature en bas de l'acte de décès. Et pouf te voilà passer à la postérité.
Sait-on vraiment ce qu'on étudie ? Sait-on vraiment à quoi tout cela sert ?
Mais oui bien sur. Il s'agit de schizophrénie chez l'animal. L'ombre et le corps se séparent, éclatent les paroles de la conscience et se battent pour la garde de l'esprit. On a bien tenté une semaine sur deux. Mais les deux partis refusaient d'y mettre du leur. Evidemment. Tu leur donne une pensée ils veulent tout le raisonnement. Pas de juste milieu. C'est con non.
 
"C'est un cas passionnant mes chers collègues !
_Effectivement ! Je n'avais jamais rien vu de tel...
_Il y avait bien la belette de Carse en 1997 mais je me souviens pas que les choses étaient poussées aussi loin...
_Non, une trève avait été conclue il me semble.
_Oui, le professeur Darkson l'avait statufiée.
_Coulée dans du plâtre ! Oui maintenant que vous le dîtes je m'en rappelle !
_Mais je le redis, ce cas-ci est beaucoup plus intéressant !
_Oh oui ! Un cas de dédoublement d'ombre ! C'est absolument passionnant !
_Pensez-vous réellement que les décharges aident à quoique ce soit ?
_Oh c'est une stimulation comme une autre vous savez !"
 
Furet s'épuise... Il a tellement mal... Il aimerait tant arrêter de courir. Mais il sait que s'il s'arrête, les ombres vont l'attaquer. Elles vont le dévorer tout entier... Bouffe et bouffe et bouffe... Grignote morceau de liberté intérieure. Ca fait tellement mal. Petite furet il a tellement mal à l'intérieur. Putain ce qu'il a mal...
Les ombres elles lui font peur. Elles lui chuchotent des mots terrifiants à l'oreille. Il n'arrive pas à les faire taire. Ses petites pattes n'arrivent pas à boucher les oreilles. Aller s'il vous plaît méchantes voix allez embêter quelqu'un d'autre. S'il vous plaît, je voudrais tant dormir, je voudrais tant me rappeler les douces voix de... de...
Et puis les coups de jus aussi ça fait tellement mal. Quand l'électricité traverse les muscles, traverse le corps, transperce les os... Chaque fois furet croit qu'il va mourir. Que c'est fini, il ne pourra pas supporter davantage. Mais si ! Chaque fois il se relève, et au final il ne sait pas s'il veut continuer cette foutue danse... Il court il court... Et à nouveau les murs éclatent devant lui.
 
"Cette réaction me paraît tout à fait intéressante !
_Passionnante vous voulez dire !
_C'est étonnant qu'il continue de se prendre les murs... Il n'a pas encore compris ?
_Il est fort probable qu'il cherche à atteindre l'horizon.
_Quête insatiable
_Et néanmoins vitale !
_Il est persuadé que s'il ne l'atteint pas il va mourir !
_En même temps, s'il continue, il va mourir aussi.
_C'est étonnant qu'il ne l'ait pas encore compris.
_Peut-être qu'il l'a très bien compris et que c'est ce qu'il veut !
_Très chers confrères, je pense qu'il est grand temps de passer au stade supérieur."
 
Ils affichèrent tous le sourire de circonstance, et sautèrent sur le matériel comme des gosses sur le pot de nutella. Sortirent de nul part scalpels et autres ustensiles dont le commun des mortels ignorent les noms...
 
Petit furet les a vus venir quand ils ouvert la cage... Il a couru et couru... Et vas y sauve toi !
 
Il court il court le furet
Et il se prend le mur le furet
Et on lui éclate la tête au furet
ET ON LUI CLOUE LES PATTES AU MUR A CE CON DE FURET
 
Est-ce qu'on sent encore la douleur quand on est en morceau petit furet ?
 
Il a pleuré, quand ses yeux ont roulé de l'autre côté de la pièce et qu'il a vu son corps ainsi éparpillé. Et les ombres étaient toujours là, à raconter leurs histoires horribles. Il n'y a pas de fin. Il n'y a jamais de fin. Il n'y a que ce pauvre furet qui cherche son ombre. La vraie. Celle qui était gentille et qui chantait si bien les berceuses.
 
Pleure pas furet, tu passeras à la postérité.
Les membres dans un bocal, étiqueté :
"Furet, schi.ombre, 2010-2011, labo décomposite. Ne pas exposer à la chaleur."

Publié dans Ketchup hors DLC

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