Jeux de mots sans contrepartie

Publié le par nobody's listening

Les oreilles trop pleines, bourdonnement incessant. Tracer la route. Décimer les plantes encombrantes. On fait comment quand on est soi-même l'encombrant ? Y a bien un temps on disait que s'il y avait des gens naturellement heureux, il existait forcément leur contraire. La balance finit toujours par s'équilibrer. Incassable jusque dans la logique.

 

Ce soir j'ai mal à la logique.

 

On ne trouve pas de sens contraire dans le dictionnaire des synonymes. Promis. J'ai cherché. J'ai pas trouvé. C'est pas faute d'avoir essayé, d'avoir voulu. Au final les pages s'alignent les unes aux autres sans qu'on leur ait rien demandé. A part la clé de l'énigme. Mais pour ça faut aller à la dernière ligne du dernier chapitre. Et il semblerait que quelqu'un l'ait arrachée. C'est pas gentil. Vraiment pas gentil.

 

Ce soir j'ai mal à l'illogisme.

 

J'ai fini par chercher. Me bouffer tout le livre d'insomnie en nuit blanche. Trouver les indices qui devaient bien être quelque part dans les paragraphes. Le meurtrier revenant toujours sur les lieux du crime j'ai attendu. Pied de grue, chausse trape, faux contact et champ de mînes. Défilement intracellulaire. Les tempes battent. Juste attendre. Il va bien venir. Il va forcément venir. Il a pas le choix. Le meurtrier doit revenir sur les lieux du crime. C'est une constante qu'on m'a dit.

 

Ce soir j'ai mal aux certitudes.

 

Même que j'ai attendu longtemps. Le bourdonnement s'amplifiait devenant hurlement. Perturbation à même le tympan. C'était trop ou pas assez. Concentration s'amenuise. le meurtrier est en retard. Il n'y pas de rendez-vous que l'on puisse effacer d'un revers de main sans s'en bouffer les doigts. Le taux d'échec grandit à chaque impact. Les paupières battent la mesure d'une mélodie qui n'a déjà plus aucune consistance. Marasme avoisinant l'invraissemblable. Mais ceci est une faute d'orthographe.

 

Ce soir j'ai mal aux réflexes.

 

J'aurais pu essayé des nuits et des nuits encore. Mais il a bien fallu que survienne l'erreur. Parce que ça ne pouvait pas durer. Parce que tout est éphémère. Parce que rien ne dure jamais. Parce que c'est comme ça. Parce que si on avait arraché les pages c'était sans doute pas pour rien. Parce qu'il est des questions qu'il vaut mieux laisser sans réponse. Parce qu'on ne sait jamais après tout.

 

Ce soir j'ai mal à l'inconscience.

 

Les coups, répétés jusqu'à n'en plus pouvoir. A ne pas savoir qui est l'agresseur. Juste la douleur qui est là s'auto - authentifiant comme vérité absolue. Elle a voulu être la preuve de sa propre existence et elle a réussi. C'est pas de chance. C'est pas faute d'avoir essayé. La salive sur le tapis cherche son chemin. Ou quelqu'un à prévenir. Qui sait ? Pas moi en tout cas. Juste la répétition. Au final je ne saurais même pas le nom du meurtrier. Pas même son visage ou le son de sa voix. Il restera quelques bleus, et les vieux guets à pan déçus de n'avoir servi ces nuits là. Pas de chance. Essaie encore.

 

Ce soir j'ai mal, et je sais même plus pourquoi.

Publié dans Chronique du vide

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