Heartattack

Publié le par nobody's listening

 

 

 

Thomas ne se souvient plus vraiment de comment ça a commencé, comment cette passion est née. Il pense sans en être sûr que d'une façon ou d'une autre, ça lui vient de son frère.

 

Son frère est né une dizaine d'année avant lui. Et sa passion à lui, c'était la batterie. Il s'exerçait dès qu'il pouvait, emplissant la maison familiale de rythmiques. Toute l'enfance de Thomas a été bercée des coups de tambour. De fil en aiguille il a appris à aimer les rythmes marqués. Mais plus les années passaient, plus ils trouvaient que ceux émis par la batterie fraternelle était trop forts, trop peu subtils. Quelque chose ne lui allait pas.

 

C'est le jour où son frère est parti qu'il a compris. De plus en plus, les rythmiques s'entrecoupaient de cris, de hurlements.... Les assiettes volaient, explosaient, déformaient la mélodie. La partition s'est déchirée sur la porte qui claquait. Son frère était parti et ne reviendrait plus. C'était le jour de ses huit ans. Il a pleuré bien sûr. Alors pour la première fois de sa vie, ses parents l'ont pris dans leurs bras. Il était là au milieu de cette étrange étreinte. Tous trois pleuraient. Chaque note prenant sagement sa place à la suite des autres. Et il finit par trouver la rythmique, la plus belle rythmique du monde. Il l'entendait parfaitement : le coeur sa mère mélé à celui de son père. Il pouvait sentir toute la tristesse et la gravité des choses dans ses simples battements. D'un coup, tout paraissait clair. Il n'y avait pas besoin de mots, les battements se suffisaient à eux seuls.

 

D'âge en âge, Thomas apprit à reconnaître tous les battements de coeur de chaque personne qu'il croisait. Toujours il les cherchait. Il apprenait chaque variation, chaque oscillation. Soigneusement, il répertoriait toutes ses données dans un cahier qu'il gardait sous le matelas. Au fil des rencontres, le matelas s'était trouvé complètement réhaussé d'un niveau. Sa mère s'en plaignait. Quand elle venait faire son lit, son fils la rouspectait de mettre en désordre la logique finement conçue de ses cahiers. Elle ne les remettait jamais dans l'ordre qu'il fallait ! Aussi, un armistice fut signé et il apprit très vite à faire son lit lui même.

 

Son grand-père était le seul à le prendre au sérieux. Il allait d'ailleurs souvent lui rendre visite; Et il lui racontait ses dernières découvertes. Le vieil homme écoutait toujours attentivement, il donnait des hypothèses, des débuts de piste et parfois même il avait la solution. A son âge, il était heureux de partager son savoir avec la nouvelle génération. Et puis, Thomas était bien le seul qui venait encore le voir depuis son entrée à l'hôpital. Pour fêter ses 18ans ainsi que son entrée en fac de médecine, il lui avait offert son tout premier stétoscope. Son fils avait ri, trouvant cela stupide. Ces engins n'étaient pas donné, il y avait mieux à faire que ce genre d'investissement puéril. Mais grand-père et petit fils s'en moquaient, ils échangèrent entre eux un sourire qui en disait long.

 

Quelques jours plus tard, lorsque le jeune homme revint le voir, le coeur eu des ratés. On appela les médecins en urgence. On le jeta dans un coin d'où il observa la scène paniqué. Il connaissait les gestes, il savait ce que chacun d'entre eux impliquait. Il connaissait le pourquoi et les éventuelles causes. Il voyait les secondes défiler et l'électrocardiogramme qui ne repartait pas. Et puis, l'agitation stoppa. Il n'y avait plus rien à faire. Les médecins se retournèrent vers lui et secouèrent la tête, sans doute par habitude. Thomas avait très bien compris, et tous dans la pièce le savaient. On le laissa seul avec le vieillard qui ne rirait plus jamais. Il sortit le stétoscope de sa poche et le posa sur la poitrine de cet homme désormais loin. Rien. Pour la première fois de sa vie, il découvrit le rythme du silence. Pas même un soupir, même un silence immense qui n'appelait à aucun rappel.

 

Les heures passèrent. Sans aucun battement pour le lui rappeler, il perdit la notion du temps. La nuit tomba. C'est l'infirmière qui finit par rallumer la lumière. Elle vint s'assoir à côté de lui sans bruit.

 

"Vous savez, il a fait des pieds et des mains pour vous l'avoir ce stétoscope. En fait c'est moi qui l'ais piqué. Il avait l'air de tellement tenir à vous faire un dernier cadeau... Il racontait souvent vos expériences et n'arrêtaient pas de poser des questions aux médecins pour pouvoir répondre aux votres... Il disait que vous aimiez les mélodies...

_Maintenant, il n'y a plus rien à écouter. La musique s'est arrêté."

 

Un grand froid. Le silence une fois de plus qui reprend ses droits.

Des doigts qui se pose sur sa main. Il suit sans réfléchir. D'un coup, de l'autre côté du stétoscope, il y a un coeur qui bat. Une nouvelle mélodie à apprendre. Et un sourire à rajouter en note dans la marge d'un nouveau cahier.

 

Merci à Nyo pour sa grande aide !

"J'arrive pas à savoir si faut le nommer ou pas....

_Nomme le ça te changera !!!"

Publié dans Les aiguilles en moins

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Haku 01/08/2011 09:24


Je l'aime beaucoup beaucoup celui-là, tout en poésie...


nobody's listening 03/08/2011 10:03



C'est marrant je savais que celui-là te plairait ^^ En tout cas merci, il m'a donné du fil à retordre !