Comment fait-on pour hurler le silence ?

Publié le par nobody's listening

Et si c'était ce soir ?
Que tout s'arrêtait ?
 
Ca bouillonne à l'intérieur. Encore cette nuit. Comme toutes les autres. Alors il faut faire quoi ? Qu'est ce qui fera le moins mal ? Qu'est ce qui sera le plus rapide ?
S'arracher la peau pour faire passer le temps. Les chairs à vif. Chercher la douleur, la fragile limite entre nul part et ici, entre rien et l'existence...
 
Et ça brûle, remonte dans la gorge, lentement, brûle à l'acide se qui tient encore. Sensations déformées, cerveau estomaqué. Difformité essentielle. A brûle pourpoint...
 
Mais ce soir, la digue se brise. Et le hurlement sort...
 
La voix qui résonne, bam de murs en murs, bam en pleine tête à chaque passage... Les cordes vocales qui vibrent...
 
Si tu continues tu vas la casser...
 
Mais on ne peut plus arrêter ce qui a commencé. La pierre chute du haut de la montagne et dégringole tout du long... Seul le mur a maintenant le pouvoir de l'arrêter.
 
Le hurlement qui a été enfermé si longtemps n'en peux plus d'attendre... Alors il brise tout, seul importe de sortir. Elle n'y survivra pas il le sait. Et elle ne tente même pas de lutter. Les causes perdues d'avance c'est définitivement pas son truc. Surtout quand il s'agit de la sienne.
 
Si tu continues tu vas la casser...
 
Arracher les bouts de verre coincés dans la gorge depuis tant d'années... Accumulés là par erreur, parce que finalement on fait sa grande devant tout le monde mais on est pas foutue d'avaler. Couleuvre sur couleuvre le poison des autres. Et ne même plus savoir si oui ou non on a un sens. Alors ajoute bouts de verre sur bouts de verre. Sans la peau on se sent plus libre non ? La peau en moins, tu crois savoir qui tu es ?
 
L'oesophrage qui se déchire sous la pression. Douleur dans le système. Le hurlement continue. Il est trop tard maintenant. On ne peut plus revenir en arrière. Plus jamais. Dépasser le point de non retour. Franchir la limite en courant à pieds joints. Finir par tomber. C'était couru d'avance. Mais tu le savais non ? C'était prévu depuis le départ. Plus ou moins volontairement.
 
Si tu continues tu vas la casser...
 
Et paf ! La corde vocale qui saute, s'enroule et se coince dans la gorge. L'air ne passe plus. Bloqué... Et elle croit encore qu'elle pourrait s'en tirer. Et gratte et gratte la peau du cou, tenter de se frayer un passage. Il faut faire rentrer l'air. Coûte que coûte. On peut pas se laisser mourir comme ça non ? Il faut... Respirer... De l'air... L'oxygène se fait rare dans la pièce. Il a avisé les portes de sortie d'urgence et s'est tiré. Lâcheur.
 
Et le hurlement s'en contrefout. Il continue de sortir. Il trouve un passage, se fraye un chemin. Attrape moi si tu peux... Mais elle peut plus. Alors il sort juste, épuise le corps un peu plus, tire dessus et tord les contours. Il s'en fout. Il vivra jusqu'à la dernière seconde. Et même celle d'après. Pour toujours, trace indélébile sur les murs.
 
Si tu continues tu vas la casser...
 
Implosion... ou peut-être explosion. La nuance est bien trop subtile. Et puis dans le fond c'est jamais que des mots. Comme s'ils étaient capable de dire cette nuit-là...
La cage thoracique qui se fend en deux. Je crois qu'elle pleure... Même pas sûre. Elle sait même plus si elle a mal ou non. Elle ne pense plus. Ca n'atteint plus le cerveau.
 
Quand elle s'effondre sur le sol, elle se dit juste qu'enfin elle a gagné...
 
Et lui, il continue de sauter de mur en mur....
 
Tu l'as cassé, et encore tu continues...
 
Dans un dernier soupir, elle a retrouvé son nom pour l'écrire sur le sol...
 
EMPTINESS

Publié dans Chronique du vide

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