Caméloniquement vôtre.

Publié le par nobody's listening

Le miroir s'est enfui, le miroir s'est brisé.

Ou pas.

 

Un jour il ne s'est plus trouvé personne pour lui répondre.

Un jour il ne s'est plus trouvé personne.

 

Miroir se demander bien qui il était,

à quoi il servait.

A pas grand chose d'autre que de grossir le trait

sans aucune doute.

C'était déjà bien non ?

C'était déjà quelque chose.

 

Miroir camélon a perdu son teint de pêche.

C'est embêtant.

C'est facheux.

 

Alors ça ne sert plus à rien ?

Plus à grand chose.

 

Mais les miroirs ne meurent pas comme ça.

Parce qu'ils ont gardé inscrit tous les morceaux

qu'on a bien voulu leur présenter.

Des plus sublimes

aux plus honteux.

Ils ont tout gardé sans exception.

Parce qu'on sait jamais ça peut servir.

 

Peut-on envisager une révolte de miroir ?

Demain refuseront-ils tous de nous rendre notre image ?

 

Nous sortirions dépossédés de nos signes particuliers

de nos marques de fabrique.

Et de fil en aiguille

nos identitiés

ne passeraient plus que par ce qu'on voudrait bien nous avouer.

 

Il n'y aurait plus rien nous permettant

d'infirmer ou d'affirmer ce qu'on nous jette en pature

de notre propre existence.

 

Demain les miroirs seront en grève

et ne nous resteront que nos souvenirs.

A redessiner à l'envie.

Mais qui a envie de quoi ?

Qui dessine et qui est dessiné ?

 

Alors par moment,

quand personne n'écoute,

le miroir rit encore un peu.

Parce que si plus personne ne lui réponds,

lui ne rendra plus rien de ce qu'il a volé.

Publié dans Chronique du vide

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