Autopsie d'une (autre) fuite en avant

Publié le par nobody's listening

Il faut courir. S'enfuir. Où ça ? Je sais pas mais faut courir. Loin. De quoi ? De tout ça. Du bruit du silence du trop plein de vide. Ca fait trop mal alors il faut partir en courant. Et il faut partir loin. Ne plus regarder en arrière, en arrière ça fait trop mal. Il faut du froid de la faim du silence autour du bruit dedans de la solitude des larmes. Et puis peut-être après ça ira mieux. 

 

Et sans les chaussures ? Est-ce que ça va plus vite ? Et si on vomit est-ce qu'on ira plus vite ?

 

Courir encore plus vite. L'air glacé me crame les poumons. Les jambes tremblent et je me bouffe les cheveux. Je me souviens plus d'où est censée être l'arrivée. D'ailleurs comment on est censé savoir quand on est arrivé ? 

 

On peut pas. On peut pas on peut pas.

Courir encore et encore et encore. La tête dans le guidon et le guidon en pleine gueule. Avaler l'amertume avec tout le reste. 

 

Mais dîtes moi donc c'est pas des restes de colère qu'elle a de coincé entre les dents la bestiole ? Bien possible. Ca court vite c'est truc là n'empêche. On aurait pas cru au premier coup d'oeil. Au second non plus en fait.... Peut-être qu'on aurait pu voir quelque chose au microscope. Disséquons ! Oh oui disséquons... Ca faisait si longtemps. 

 

La bestiole elle est a mal. Le froid lui bouffe les jambes. Elle ne sent plus ses mains non plus. Et elle continue de courir. Elle sait plus vraiment où c'est la maison. Trop d'adresses qui se succèdent les unes après les autres sans vraiment de logique. Des maisons partout. La bestiole elle sait plus. S'il faut pas rester seule ou s'il faut fuir tout ce qui pourrait parler. 

 

Comment fait-on pour se protéger sans blesser ceux qui n'ont rien demandé ?

 

La réponse est dans la dissection. La chimie a toujours raison. 

Il faut pas le dire. Il faut pas dire le sang. Jamais.

Je trouve que pour quelque chose qu'on a pas le droit de dire on en parle quand même beaucoup. 

 

Le froid ne mord même plus assez fort. La bestiole s'engourdit dans l'automatisme des fuites désorganisées. C'est une habitude. Une fois comme une autre. Comme celles d'avant. Exactement pareil.

 

Y a eut des larmes.

C'était pas la bestiole.

C'était pas prévu.

Non.

Ca c'était pas prévu.

 

"Est-ce que je suis une mauvaise personne ?" qu'elle a demandé. 

Et comme d'habitude personne n'a répondu. Il n'y avait plus que du silence. Et des larmes qu'on entendait tomber sur le sol de la salle de bain, le tout étouffé dans des non dits. Le vacarme avait fini. Il n'y avait pas de réponse. Rien à dire qui puisse seulement valoir la peine de s'écorcher les cordes vocales pour le dire. 

 

Comment fait-on pour se protéger sans blesser ceux qui n'ont rien demandé ?

 

La bestiole finissait une fois de plus seule au milieu des barreaux, des murs. Et cette fois, elle se souvenait du froid. La langueur avait simplement remplacé la morsure et l'endorphine avait repris sa juste place. 

 

Y avait des larmes et c'était pas prévu.

"Bientôt. Bientôt." C'est tout ce que répondit l'échos. 

 

Le problème avec les fuites en avant, c'est qu'on ne peut pas revenir en arrière. 

 

Je ne m'entends plus

Je ne m'en sors plus

Aide moi, 

Rien qu'une autre fois.

J'ai mâché mes mains,

Je ne sens plus rien...

Eteins moi

[Eths : Crucifère]

Publié dans Les aiguilles en moins

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