[3] Le plastique c'est fantastique

Publié le par nobody's listening

note : pour certains trucs, j'ai pas fini de définir la mise en scène... j'ai donc mis mes notes. Je pense que rien ne sera fixé avant que je ne passe à l'action pour de vrai.

 

[Deux personnages assis par terre. L'aveugle, des lunettes de soleil sur le nez, est tourné vers le mur côté cours. L'ignorant fixe son dos. Ils parlent tout deux normalement. musique de fond : Marilyn Manson : this is the new shit]

 

L'aveugle : Tu le savais non ?

L'ignorant : J'en avais sans doute entendu parler.

_Donc tu savais.

_Ca n'a rien à voir. J'ai juste entendu.

_On ne peut pas voir ce qu'on entend tu sais...

_Alors autant de ne pas en parler.

_Mais tu ne peux pas rester sans savoir !

_ C'est pour ça que je te dis que je vais partir !

_Non non non ! Ca ne marche pas comme ça.

_C'est toi qui sais alors dis moi.

_Je... je n'ai pas les mots.

_Les mots appartiennent à tout le monde, c'est à dire à personne. Il n'y a pas de raison qu'ils soient plus à toi qu'à un autre.

_Ce n'est pas ce qu'on m'avais dit.

_Il ne faut pas croire tout ce qu'on dit. On dit tellement de choses !

_C'est mieux que toi qui ne dis rien.

_Tu crois ?

_C'est évident. Les mots ne m'appartiennent peut-être pas mais toi tu ne prends même pas la peine de t'en servir !

_Il manquerait plus que ça ! Tu as vu le prix d'un dictionnaire ?

_Moi je suis aveugle ! La seule utilité que je trouve à un dictionnaire c'est en tant qu'objet contendant.

_Objet contendant ?

_Un très gros objet très lourd.

_Pourquoi tu n'as pas dit ça tout de suite ? C'est quand même plus simple si tu veux que tout le monde te comprenne.

_Parce que c'est comme ça que disent les médecins légistes à l'autopsie. Et je ne veux pas que tout le monde me comprenne.

_Quelle autopsie ?

_Celle après les meurtres. Tu sais, la trituration joussive des cadavres.

_Depuis quand il y a un cadavre dans cette histoire ??

_Il n'y en a pas encore mais ça ne saurait tarder ! Mon plan est prêt. J'attends juste le bon moment. Il ne me manquait que l'alibi. Mais c'est chose faite.

_Je vois. Et pourquoi tu ne veux pas que tout le monde te comprenne ?

_Parce que personne ne comprend jamais les tueurs de génie.

_Parce qu'ils ne s'expliquent pas assez clairement !

_Non, parce que c'est comme ça. Si les gens comprennaient ça perdrait de sa magie et on ne pourrait plus vendre les livres et les films.

_Je ne vois pas ce qu'il y a de magique à assassiner quelqu'un !

_Magie noire. Les gens ont de plus en plus de mal à croire aux sorcières. Par contre on a toujours cru et on croira toujours en la capacité de l'homme à massacrer son prochain.

_Enfin parfois c'est le premier qui passe.

_Dans ce cas ce sera juste le prochain à mourir.

_Je vois...

_C'est bien pour toi. Tu me raconteras un jour si t'as le temps ?

_Si ça peut te faire plaisir...

 

[Silence. L'aveugle se retourne vers l'autre]

 

_Tu as du temps là ?

_Euh oui.

_Alors raconte moi !

_Que je te raconte quoi ?

_Peu importe. Raconte c'est tout...

_Ca ne va pas faire grand chose.

_Raconte ce que tu veux alors ! Mais raconte !

_Pourquoi tu tiens tant à ce que je raconte ?

_Parce que je suis fatigué de ne voir que du silence ! Ca irrite la rétine jusqu'à la brûler. On finit par se retrouver avec l'iris dépeuplée et puis et puis.... Alors raconte.

 

[Silence. Le raconteur rentre, un livre des contes de Grimm à la main, il tape sur l'épaule de l'ignorant qui relève la tête vers lui. Aquiesce. Passe sa main devant les yeux de l'aveugle qui en réagit bien sur pas. Il se lève et s'en va. Le raconteur s'assoit dos à l'aveugle, donc face au mur à jardin. Il ouvre le livre un peu hasard. S'arrête sur les pages d'un air de dire "non pas celle là... peut-être ça..." Au final il le referme et regarde la quatrième de couverture. Musique de fond : Emilie Autumn : Best safety lies in fear]

 

Le raconteur : Il était une fois une histoire qui ne commençait pas. On regardait les protagonistes s'habiller et se déshabiller sans fin par le trou de la serrure. Le manège désenchanté ne s'arrêtait jamais. Quand enfin ils semblaient s'être décidés c'était au tour du maquillage. On a vite arrêté de compter les cotons plein de couleurs flamboyantes jetés à la poubelle. Puis ils passaient aux cheveux. Trop courts ou trop blonds, toutes les couleurs ou longueurs y passaient. Il arrivait parfois qu'ils se jettent la tondeuse et les perruques au visage. Selon la chance ils ne se prenaient pas le pire dans la tête. Mais la chance ça tourne. Un peu comme les manèges tu vois. Ah non c'est vrai tu ne vois pas.

 

[L'aveugle se roule en boule et commence à s'endormir.]

 

Le raconteur : Bref. Une fois qu'ils n'avaient plus rien en main, ils recommençaient à la case départ. Ils ne ramassaient rien. Plutôt que de réutiliser, ils sortaient des tiroirs la même panoplie mais en neuf. Tout brillait encore sous plastique. A moins que ça ne soit le plastique qui brille dessus. Par le trou de la serrure on ne distingue pas bien ce genre de subtilités. Mais dans le fond peu importe. L'important c'est le plastique. Le pétrôle sulfurisé en quelque sorte. Tu sais ce que c'est le plastique ? Comment pourrais-tu ne pas savoir...Si tu ne peux pas voir tu as quand même toucher. Tu as quand même des MAINS.

 

[Surgit l'écorché. Torse nu, badigéonné d'un rouge plus que grossier. Il tourne autour de l'aveugle, chaque cri lui étant vraiment adressé]

 

L'écorché : Parce que tu vois du plastique il y en a partout, PARTOUT. C'est de l'or en barre...

Le raconteur [marmonnant] : Et c'est franchement mal barré...

L'écorché [l'ignorant] : Y en a dans la bouffe si tu fais pas gaffe tu l'avales. Y en a dans les jouets et les gosses sont cons et l'avalent. Au final ça te coule dans les veines. Et moi j'ai essayé... ESSAYE... Essayé arracher plastique collant mais non. Y en a même dans l'air. C'est du PLASTICISME passif et là bien sûr personne ne fait RIEN. On va tous mourir barbieïfiés et le mon s'en FOUT. Dans nos cercueils on nous attacher les membres avec des fils de fer. On pourra pas s'enfuir. PAS S'ENFUIR. Même les vers voudront pas de nous. On restera tout seul dans nos boîtes en PLASTIQUE pour toujours toujours toujours toujours

Le raconteur [qui s'est pris la tête dans les mains] : TOUJOURS

L'aveugle [dans son sommeil] : toujours ?

 

[L'écorché s'immobilise un temps. Regarde l'aveugle, le raconteur, le public... sourit tristement et sort]

 

Le raconteur : L'éternité c'est long surtout sur la fin c'est bien connu. Même toi tu dois savoir ça.

 

[Pendant que le raconteur parle, le muet, deux scotchs en croix sur la bouche et un dictionnaire dans les bras, rentre. Il réveille doucement l'aveugle. Celui-cci se relève. Le muet ouvre le dictionnaire. L'aveugle y pose sa main, comme s'il lisait du brail, aquiesce puis sort. Le muet s'assoit en tailleurs, le dico sur les jambes, regarde le raconteur qui ne s'est rendu compte de rien]

 

Le raconteur : Mais ça eux ils s'en foutaient. L'éternité ça les intéressait pas. Ils savaient même pas ce que c'était.  Comment veux-tu penser à l'éternité quand t'es à peine capable de parler au présent ? Y a longtemps qu'ils avaient arrêté de conjuguer. Parfois ils zappaient même carrément les verbes.

 

Voix off [pensée du muet, il fait des gestes avec les mains comme s'il était réellement en train de parler] : De toutes façon ils ne parlent quasiment plus ! Les voix se meurent. A ce rythme là, même les vendeurs de poussière d'étoiles n'en voudront plus. Poussière poussière tombe en cendres et tout de suite ça perd de son charme. T'as déjà entendu parler de charmeur de cendres ? Ca n'existe pas. Au final tout ça n'existe pas. La poupée c'est toi et on t'arrachera les cheveux ! Les manèges on s'en fout. Y a plus personne pour attraper la queue de Mickey ! Il est mort Mickey ! C'est une chauve-souris maintenant Mickey ! Il a sa carte de fidélité aux alcooliques anonymes sauf que même eux ils veulent pas de lui ! Ca fait trop longtemps qu'ils ont pas fait de manège ! Et y a plus de poussière d'étoiles sur le marché ! Les sctocks sont vides et les carrières épuisées. Alors comment eux ils pourraient prétendre en avoir ? Ils auront pas le droit à l'éternité ! On mettera le feu au théâtre et ils brûleront avec ! Alors quelqu'un s'enfilera leurs cendres dans le nez pour voir si ça tient la comparaison avec les étoiles. Tout ça pour se rendre compte que non.... Les étoiles sont mortes mais c'est déjà pas si mal comme destin...

 

[Le raconteur se retourne vivement pour faire face au muet. Celui-ci fait des signes de bras pour clamer son innocence.  Le raconteur se lève, son livre à la main, s'approche méfiant. Lorsqu'il est à son niveau, le muet lui assène un coup de dictionnaire dans les jambes. Il hurle et recule. Le muet se lève, brandissant le dictionnaire. Le raconteur lève son livre mal assuré. Avancées-reculées des deux deux personnages. Le raconteur sort en courant après avoir laissé tomber son livre. Le muet lui jette son dictionnaire et tombe, pris par son élan. Silence et noir brusque.]

Publié dans La foire aux anonymes

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