101 c'est bien ça ?

Publié le par nobody's listening

Quand je serai grande je serai dalmatien.

 

Il y a d'abord eu les grains de beauté. Il fallait les compter, les contrôler. Vérifier que rien ne déviait au cancer de la peau. Je ne comprends pas bien cette histoire de cancer de la peau à partir d'un grain de beauté. La peau se donnerait le cancer à elle même ? La peau ne s'aimerait pas ? La peau s'autodétruirait ? Et puis le problème de base serait un grain de beauté ? Alors la beauté serait empoisonnée ? C'est bizarre comme concept. Mais ça doit être pour ça que ma soeur me répétait toujours que j'avais de la chance de ne pas être belle. Sans doute.

 

Quand je serai grande je serai dalmatien.

 

Puis il y a eu les tâches sur les ongles. Les petites traces blanches me fascinaient. Elles semblaient vouloir former des dessins, comme des hiéroglyphes. Je m'étais persuadée que mes ongles contenaient tous les plus grands secrets. Le secret de la création se tenait là au bout de mes doigts ! Et puis ma grand-mère m'a expliqué que c'était chaque mensonge que j'avait dit qui laissait une marque sur mes ongles comme ça. Ca m'a fait peur. Vraiment peur. Je ne comprenais pas. Pourtant je ne mentais pas autant ! Et j'avais beau m'appliquer à contrôler chaque mot sortant de ma bouche les tâches continuaient d'apparaître.

 

Quand je serai grande je serai dalmatien.

 

Et puis il y a les bleus. Toujours plus nombreux. J'évitais les meubles, les murs, les étagères et pourtant les bleus se multipliaient. Toujours ils se faisaient plus nombreux. Et je me demandais pourquoi on appelait ça des bleus. Parce que c'est pas bleu un bleu. C'est verdâtre maronnasse. Moche. Quand j'avais de la chance, ils faisaient un beau violet, une sorte de dégradé le long des cercles concentriques. Et quand j'en avais pas, ils étaient noirs. Je racontais alors que j'avais renversé de l'encre de Chine et qu'elle était restée coincée sur ma peau, que rien ne la faisait partir. pas même la javel.

 

Quand je serai grande je serai dalmatien.

 

Ca ne sera pas dur. Il suffira de briser un peu plus les os. Les casser chacun à leur tour. On m'enroulera dans un corset et on serrera aussi fort que possible. Jusqu'à ce que je ne puisse plus respirer. Jusqu'à ce que le bruit des os devienne assourdissant. Il n'y aura plus d'échine à plier. On allongera alors bras et jambes afin que j'atteigne la taille idéale. On allongera nez et machoîre pour l'allure. Et enfin je ressemblerai à quelque chose d'existant. J'aurai gagné le droit au respect. Je serai répertoriée. Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des non mondes.

 

Quand je serai grande je serai dalmatien.

 

Attache mes cheveux

Poudre mes joues,

Que je sois présentable

A l'avenir après tout.

L'avenir un point c'est tout...

[Mypollux : Biopsies]

Publié dans Chronique du vide

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