[1] La fille tatouée

Publié le par nobody's listening

Hey, "La foire aux anonymes" est une pièce sur laquelle je travaille et que j'espère bien monter un jour....

Enjoy, or not ^^

 

 

[A gauche et à droite, des murs en légo. Rond de lumière qui éclaire juste son visage et sa poitrine. Elle en est éblouie. Automatiquement, elle fronce les yeux et met son bras en pare-soleil. Pour ce qu'on peut en voir, elle est seulement vêtue d'un soutien-gorge noir, laissant voir une multitude de tatouages. Sur les avant-bras, des mots en désordre. Sur les épaules, des dragons aux ailes déchirés. Sur la poitrine une partition. Le tout aux couleurs passées. Du vent qui fait bouger ses cheveux. Au fur et à mesure, le cercle de lumière s'agrandit. On peut alors voir qu'elle porte des rangers et un large pantalon de toile noire. La lumière perd de sa force de sorte qu'elle ne la gène plus. On vient progressivement à un éclairage total de la scène. Bras le long du corps, regard fatigué sur le public.]

 

La fille tatouée : Le jour est mort. [regard vers le plafond, temps, soupir] Quelqu'un a dû voler les étoiles. Déjà hier il y en avait moins. Mais aujourd'hui, il n'y en a plus du tout. [regard vers le public] Vous savez qui les a pris ? [temps] Peut-être qu'elles ont toutes explosé pendant la nuit. Peut-être qu'elles se sont enfuies. Car c'est lâche une étoile vous savez... Ça regarde toujours les gens de haut, mais de loin. Ça ne se mouille jamais les étoiles, contrairement à ceux qui les regardent la nuit parce qu'ils n'arrivent pas à dormir. Tout comme il seront les seuls à pleurer leur disparition. Compagnons d'infortune qui se délaissent pour finalement se perdre de vue. Eux ils sont toujours là. Mais les étoiles sont parties. Parties retrouver d'autres planètes encore plus loin que les années lumière. Moi j'espère qu'elles se sont perdue en cours de route. Ça serait bien fait pour elle !

 

[temps, les mains dans les poches elle arpente la scène de long en large, parle en marchant]

 

La fille tatouée : C'est une longue histoire en fait. Tellement longue que je ne suis plus sûre de me souvenir du début. Je savais que j'aurais dû le noter quelque part. Mais je me suis dit que ça n'en valait pas la peine. Maintenant... maintenant je regrette. Parce que ma mémoire s'effrite. Je pers des morceaux. Je le sens quand je secoue la tête. Ça fait « tiling tiling ». [elle joint le geste à la parole, on entend bien le tiling tiling] Comme des pièces au fond d'une poche. Sauf que je n'ai plus de pièce depuis longtemps. Sans doute parce que mes poches étaient trouées.

 

[elle s'arrête subitement, fixe le mur. Long temps. Se retourne brusquement vers le public.]

 

La fille tatouée : Vous entendez ? C'est le bruit du silence qui cogne sur les murs. Il frappe de toutes ses forces. Il veut entrer et il VA entrer. Bientôt les murs vont s'écrouler, sans aucun bruit. [montre du doigt quelqu'un dans le public] Et si une pierre te tombe sur la tête et que ton crâne explose, personne n'entendra ! Alors tu crieras bien sur, pour faire savoir ton agonie. Mais personne ne saura car aucun son ne sortira de ta bouche. [elle s'accroupit pour être plus proche de son interlocuteur. La main sur le côté de la bouche comme pour comploter. Elle baisse d'un ton.] Je ne te dis pas que tes cordes vocales seront brisées, juste que le silence t'auras bouffé tout entier. Alors à ta place je me méfierais. Et surtout je m'éloignerais des murs ! Laisse ta place à ton voisin... Enfin ce n'est qu'un conseil. Tu fais ce que tu veux.

 

[ Elle se relève et va de l'autre côté de la scène. A nouveau elle s'arrête. Cette fois elle fixe le mur de la salle. Reste complètement figée pendant qu'elle parle.]

 

La fille tatouée : C'est peut-être lui. Il paraît qu'il me cherche. Enfin c'est ce que le mur a dit. Moi qui croyais l'avoir tué... [petit rire, tête tourné vers le public, fait des grands gestes avec les bras pendant qu'elle parle] Vous voyez, je l'ai poussé dans la piscine, et puis j'ai jeté les brochettes de requin. C'est dangereux un requin ! Encore plus s'il est blessé. [ elle rit encore] Je serais bien restée pour voir. Mais je n'ai pas pu. [un temps, elle plonge dans une profonde réflexion. Pour elle-même] Il est possible qu'il m'en veuille, mais je ne vois vraiment pas pourquoi. [ au public] Et vous vous savez ? Peut-être que vous comprenez mieux sa psychologie... [s'insurgeant] Vous savez c'était pour son bien ! Vraiment pour son bien.... C'est parce qu'il n'y avait pas d'autre solution ! Même lui aurait dû en convenir. Mais non ! Monsieur a toujours raison. Alors forcément à partir de là on ne peut plus rien dire ! [boude, ses yeux se baladent dans la salle, sur la scène.] Et puis merde à la fin ! Si on ne peut même plus sauver les gens d'eux même ! Moi personne n'est venu me sauver ! Est-ce que je me plains ? Bah non ! Je n'en fais pas tout un fromage. [un temps] Mais c'est vrai que j'aurais bien aimé...

 

[retourne au milieu de la scène]

 

La fille tatouée : Moi je voulais devenir rock star. Les concerts, les fans qui hurlent, les chambres d'hôtel à ravager. Vous croyez qu'ils sont vivants ? Les jolies illusions au plafond... Et puis courent le long des murs, se réfugier dans le silence des arbres morts. Je voulais chanter, jouer de la guitare et de la batterie. Hurler jusqu'à n'en plus finir. Et que les gens reprennent en choeur. Les concours débiles de celui qui gueulerait le plus fort. Comme dans les mariages. [un temps] Ca fait longtemps que je ne suis plus invitée aux mariages d'ailleurs. Je sais pas trop pourquoi. Moi j'aimais bien. Y avait des couleurs, de la musique. Du bonheur quoi. Y en avait toujours une pour pleurer un peu. [un temps] Vous savez pourquoi les gens pleurent dans les mariages ? Non ? C'est parce qu'ils se disent que ce n'est pas leur tour. Alors ils sont jaloux. Ils se sentent seuls et méprisés. Mais ce n'est pas vrai. Ils ont été invités. Alors dans le fond... [un temps, se perd dans ses pensées, renifle. En retenant ses larmes] Plus de fête. Plus de couleur. Plus de rien. Juste les étoiles. Mais ces salopes se sont barrées. SALOOOOOPES ! Moi je reste là. Au milieu des murs... Au milieu du silence. Et je voulais pas vraiment le jeter dans la piscine. Mais j'avais pas le choix. PAS LE CHOIX ! Sinon ça aurait été moi. Direct dans le barbecue. Et j'avais tellement peur. Alors c'est comme ça. Pas le choix... Pouvait pas faire autrement... Je voulais juste monter sur scène... Je voulais... Juste exister... [chantant, pleurant, hurlant, le regard fixé au plafond] I need a herooooooo to save my life ! [noir]

Publié dans La foire aux anonymes

Commenter cet article